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Festival Persiana : à voir et à entendre

Pour l’ouverture de son premier festival consacré à l’art et aux cultures persanophones de l’Europe, l’association Persiana nous a conviés à une exposition unique, par delà les frontières et les époques. Une exposition que j’aurais aimé vous inviter à découvrir par vous-mêmes mais qui, hélas, n’a duré qu’une semaine, aussi riche que fugace. La première avant de nombreuses autres m’a précisé Hoda Sajjadi, l’organisatrice.

Rappelons d’abord qu’environ 110 millions de personnes parlent le persan dans le monde, langue officielle en Iran, Afghanistan, Tadjikistan. Issue du vieux et du moyen perse, classées parmi les plus anciennes langues du monde, elle a influencé de nombreuses langues et cultures de l’Orient.  

Persiana donne ici la parole aux artistes des trois pays, avec liberté de supports et d’expression, nous offrant une palette de regards très personnels avec des racines linguistiques et culturelles communes. On commence tout de suite le voyage par le Tadjikistan, ses paysages, ses visages, ses parures et ses ornements. Une invitation difficile à refuser, surtout quand on vient de franchir la porte de la vitrine parisienne.

 

Art Perse

Chaque oeuvre raconte son pays, sa culture avec des racines et des problématiques communes, visibles par exemple chez les finalistes du concours de caricatures organisé par l’association sur le thème de la langue persane. Apparaissent à plusieurs reprises les tensions entre tradition et modernité, parfois teintées de politique. Quelques traits incisifs des auteurs pour traiter avec humour les grandes thématiques de leur société.

Comme le portrait de Gulbuddin Hekmatyar remanié par une artiste afghane. L’ancien premier ministre d’Afghanistan apparaît ici prêt à détruire un livre en persan et lui dans le même temps, effaçant sans vergogne une partie des trésors culturels du pays. Une allusion à sa volonté politique de faire disparaître le dari, persan afghan au profit du pashto, l’autre langue officielle, composée de dialectes et assez éloignée du persan malgré des racines communes. Dans un pays où coexistent une quarantaine de langues, c’est un débat on ne peut plus actuel.

Une réflexion sur la difficulté de conservation du patrimoine linguistique que l’on retrouve chez un caricaturiste iranien mettant en scène Ferdowsi, l’auteur du Shâhnâmeh (Le Livre des rois), surnommé aussi le ‘rédacteur de la langue persane’ pour l’impact qu’il a eu sur l’imposition du persan et sa diffusion. Songeur, statufié et grisé, il paraît mis à l’écart, sur son socle chargé de slogans pro-langue anglaise et sur fonds de culture américanisée.

Caricature iran

Relever les problématiques et les contradictions de sa société à travers l’humour. C’est sans doute la dimension la plus importante de l’exposition, notamment perceptible à travers les oeuvres de Pantea Vaeznia. La caricaturiste iranienne présente avec finesse de petits tableaux pleins d’humour et de complexité sur la société contemporaine, des scènes de la vie quotidienne à des aspects plus politiques.

Une série d’oeuvres par exemple fait référence au mouvement vert de 2009, mobilisation pour l’élection des réformateurs qui a tourné aux émeutes puis au bain de sang suite à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad dont la régularité a été contestée. Les caricatures reviennent sur ce mouvement et le sillon rouge qu’il a laissé encore des années après. Image d’une structure politique complexe dans laquelle les mesures prises par les différents membres du gouvernement, même réformateurs ont le même impact sur la population. Un mouvement qui a aussi paralysé l’évolution de nombreux de ses partisans encore aujourd’hui marqués par leur prise de position.

Caricature iran

Un regard nuancé qui est aussi celui que nous livre l’artiste sur la femme et sa place dans la société actuelle en Iran. La montrant à la fois maîtresse de la communication et maniant à merveille les outils de la modernité, elle inverse parfois les rôles traditionnels, laissant à l’homme une partie des tâches domestiques. Mais la femme affronte toujours autant d’obstacles et peine à s’accomplir dans le milieu professionnel notamment.

Elle est aussi victime de cette course à la modernité, objet de consommation pour les hommes et elle même consommatrice, de maquillage, de chirurgie, de réseaux sociaux. Un tableau très drôle reprenant Darwin, montre l’évolution de la place de la femme, laissant un gros point d’interrogation sur l’étape future de cette évolution ainsi que sur le sens de ces changements.

Un regard plein de tendresse et de clins d’œil à l’histoire de l’Iran, à son patrimoine. Une caricature parodie même une scène de miniature classique, un art vieux comme le monde. Les montures racées sont remplacées par de petites autos, les échanges amoureux poétiques par le griffonnage d’un numéro de téléphone sur un bout de papier et la contemplation du jardin peu luxuriant accompagnée par la présence du narguilé.

Caricature perse

 

Cet aperçu sur la société iranienne est complété par des références à la culture populaire et aux artistes qui ont marqué les dernières décennies. Les séries télévisées cultes, les grands noms de la musique des années 70-80, photographiés par Forough Bahman Pour, journaliste et photographe. Une porte ouverte sur la culture iranienne qu’on espère pouvoir découvrir encore à de nombreuses occasions.

Pour tous les persanophones ainsi que pour ceux qui s’intéressent à l’art et à l’actualité du monde perse, voici le lien vers la chaîne de télévision de Persiana ainsi que ses actualités. L’association propose ainsi de nombreux événements, concerts, concours et expositions.

facebook.com/PersianaTV/

L’instagram de Pantea Vaeznia : panteavaeznia

Le catalogue de l’exposition 

Art perse

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