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Flamingo – Marina Gulbahari

Marina Gulbahari est une actrice d’origine afghane qui a fait plusieurs films relatant la situation des femmes et des enfants en Afghanistan. À l’âge de douze ans, elle a joué un rôle qui l’a rendue célèbre, celui d’une petite fille contrainte de se déguiser en garçon pour pouvoir travailler et nourrir sa famille sous le régime des talibans. Le réalisateur, Siddik Barmak est revenu à ses côtés encore une fois, en tant que producteur.

Le film Flamingo, réalisé par Yu Han, raconte l’histoire d’une jeune femme, Khadija, qui a perdu toute sa famille et qui tente de fuir l’Afghanistan pour se réfugier en Europe auprès d’un cousin.

Merci à toi Marina de nous avoir permis de voir ton film en avant première? C’est un film intéressant et très dur aussi.

Tu étais encore en Afghanistan lorsque tu as joué Khadija. Qu’est ce qui t’a amené à accepter ce rôle ? 

 

Yu Han, la réalisatrice, est restée 7 ans en Afghanistan. Elle était très intéressée par le pays. Quand elle m’a proposé le rôle, j’ai accepté tout de suite, sans hésiter une seconde. Je suis très intéressée par les films sur les femmes, surtout lorsqu’il s’agit de l’histoire des femmes en Afghanistan. Le scénario de celui-ci était très abouti et passionnant pour moi. J’ai eu l’impression que le rôle de Khadija était fait pour moi.

Peux-tu nous raconter le tournage ?

 

Ça a été un tournage très marquant. Je pense que je n’ai pas su ce qui m’arrivait. Je me suis complètement immergée dans le rôle de Khadija, je n’étais plus Marina, j’étais Khadija si bien que lorsque je pleurais, c’était Khadija qui pleurait, pas Marina. C’est une histoire qui m’a touchée car beaucoup de femmes dans mon pays ont vécu ou vivent ça encore maintenant.
 

Le film présente des scènes de violence assez dures, cela a du ajouter à la charge émotionnelle pour toi ?

 

Je dois avouer que je ne me rendais pas vraiment compte. Les scènes de violence aussi, je les vivais vraiment. Tout ce que je voyais, c’était à travers les yeux de Khadija. Pour te dire, j’ai mis plusieurs mois à sortir de la peau de ce personnage après la fin du tournage. Cela fait quatre ans mais je m’en souviens très bien. Oui, c’est vrai que c’est un film dur mais ce qui est important et qui rend les choses intéressantes c’est cette rencontre avec le personnage du taliban qui persécute la jeune femme.
 
 
 

Justement, peux-tu nous parler du jeune garçon, de ce personnage très fort ?

 
Il est joué par le talentueux Jawanmard Paiez. C’est un être affreux mais en même temps ce n’est qu’un enfant. Il raconte lui-même son histoire et on comprend que sa famille a souffert elle-même des talibans.
 
En même temps, il a repris le positionnement de ses tortionnaires, en tout cas de ceux qui ont tué sa soeur, il fait des choses sans avoir conscience de l’horreur de ses actes. Par exemple, il veut tuer l’américain, le pourchasse et brutalise Khadija. D’un autre côté, il est torturé par ce que les uns et les autres ont fait à sa famille.
 
Ce n’est pas l’image que l’on se fait parfois des extrémistes qui imposent une difficile situation dans mon pays.  Et c’est une approche assez réaliste. Dans mon pays, beaucoup de talibans étaient de jeunes enfants. Des enfants qui imitent. Ils pensent comme les talibans et adoptent le même discours idéologique. Ils n’ont rien d’autre comme issue, ils sont perdus et ont beaucoup souffert eux aussi.
 
 
 
 
 

À côté de ce destin tragique des familles, il y a aussi une réflexion sur l’art. Peux-tu nous parler du ‘Flamingo’ ?

 

Oui, lorsque la jeune fille vient supplier son oncle de l’aider à fuir, un vieil homme, le compagnon assez sage dans le film fait allusion à l’histoire d’artiste surnommé Flamingo. Il montre le journal, ce peintre a réalisé, semble-t-il une toile assez sensuelle et lorsque les talibans ont vue son oeuvre, ils ont considéré que c’était un parjure et ils lui ont coupé la main.
 
Encore une fois, c’est assez réaliste. Dans la mesure où la situation des artistes est vraiment difficile en Afghanistan, et cela à tous les niveaux. Le cinéma se meurt. 10 % peut-être des gens se rendent encore en salle. Pour ce qui est de la production, seules les séries s’en sortent un peu mieux. Le cinéma n’est plus une entreprise florissante. Ajouté à cela, les risquent que courent les artistes en poursuivant leur passion. Spécialement les femmes qui sont mal vues dans ce milieu et très menacées. C’est suite à ces difficultés et aux dangers que je courais que j’ai fui mon pays.
 
Le flamingo est aussi ce symbole. Vous le verrez à la fin du film. C’est l’oiseau brulé en plein vol comme Khadija qui perd sa jambe, l’artiste coupé dans son élan créateur, Khadija encore qui ne peut fuir. C’est peut-être pessimiste mais là il y a peu d’espoir pour elle. C’est fini, elle ne peut rien faire, elle ne peut échapper à tout ça.
 
Malgré tout cela, tu penses parfois à retourner dans ton pays ?
 
C’est mon plus grand espoir, tu sais, de retourner un jour en Afghanistan, d’y vivre. Pour l’instant c’est absolument impossible, c’est trop dangereux. Mais c’est mon plus grand souhait, vraiment, de retourner là-bas, de poursuivre ma vie là-bas.
 
Mon coeur est toujours là-bas. C’est aussi pour cela que j’étais si heureuse de partager cette expérience avec Fatima et Sedika. J’ai besoin que les gens connaissent mieux l’histoire des femmes afghanes. Pour moi c’est très important.
 
 

Peux-tu nous parler de tes derniers projets dans le cinéma ?

 
J’ai achevé en juillet de tourner dans un autre film, un documentaire sur ma propre vie, ‘Return to Kabul’. J’espère vous le faire découvrir très bientôt…
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